Dès l’entame, je déclare que je ne suis pas Sonkiste et je ne suis pas de Pastef, mais je défends les luttes de Pastef et de Sonko comme une dynamique et un processus révolutionnaires importants pour le pays et l’Afrique. Je déclare aussi que je messianise des gens qui singularisent ma vision de la politique.
Dans son adresse, Adiouma Sow veut casser la messianisation de Sonko, la pratique d’idolâtrie à son égard.
Adiouma Sow doit lui-même dépersonnaliser la pensée. Il doit le faire en s’invisibilisant et en ne convoquant pas du tout Weber. Ce dernier apparaît comme sa référence. Il est alors son mentor, son chef intellectuel. Il lui est impossible de le faire. Nous ne faisons que nous entre-gloser, disait l’autre. Chacun de nous s’incarne à travers des figures qui sont parties prenantes de son identité. La lettre de Ousmane Noureyni est juste et bonne. Elle argumente dans le sens de montrer la légitimité historique que des peuples en lutte se visibilisent par une personne.
En réalité, qu’est-ce qui se passe ?
Il faut se déconstruire de l’idée que les jeunes sont des ignorants politiques. De quelle posture ces gens prennent les autres jeunes de moutons de Panurge, de suivistes ? Ils le font à partir du haut de leur piédestal de diplômés d’une école francophone héritière de l’émergence de l’individu contre la communauté. Une école perfusée depuis l’avènement du capitalisme but de l’atomisation, de la destruction de l’en-commun. Ces invites à la démessanisation, à la dépersonnalisation sont animées d’un souci d’attaquer les jeunes du haut de leur occidentalisation politique. Comment un multiple (un Peuple) peut s’exprimer, se dérouler en une intellectualité politique, se positionner comme un projet, une stratégie sans un UN (un individu qui est son incarnation, son drapeau, sa visibilité) ?
Une archéologie des actes de pensées par des slogans qui ont structuré les luttes de 2021 à maintenant est symptomatique d’une vraie intellectualité politique de haute facture.
«Sonko mu sell mi» est une réponse à la cabale de diabolisation du clan Macky pour détruire la montée fulgurante de Sonko. Peut-on refuser aux jeunes le droit d’opposer la figure du saint contre celle du diable inventé de toutes pièces ?
«Fatt fepp» s’origine dans la volonté de bunkeriser le projet et Sonko contre la violence à l’époque inouïe pour écraser les mobilisations.
«Nun nun yaw la ñuy topp» organise la démarcation contre la restauration du système dès ses débuts.
«Tambali ci Sonko yam ci Sonko» est une clôture contre toute fusion Diomaye-Sonko. Ce slogan ferme totalement la séquence Diomaye mooy Sonko. Diomaye étant vu comme la figure de destruction du projet. Le peuple concentre en puissance de formulation une intellectualité politique pour penser le réel du moment, pour pouvoir actualiser la figure du militant dans une séquence donnée. Ne pas analyser les pratiques politiques des jeunes en termes d’inventivité intellectuelle politique, mais en termes de suivisme, révèle une insulte à leur égard.
En plus, un aspect important de cette intellectualité politique est qu’elle est produite non par un institut idéologique ou un bureau politique ou des intellectuels bardés de diplômes universitaires, mais par un peuple de jeunes dont l’engagement a été physique, financier et politique en toute conscience. Le peuple pense son trajet. En oralité, quand un slogan, une création se font, leur circulation dans le peuple les valide quand ce dernier les trouve conformes à ses préoccupations. L’accaparement par le peuple est sa signature de leur acceptation. Si «Tambali ci Sonko yam thi Sonko» est accepté, c’est parce qu’il touche à une réalité politique vraie que le peuple porte.
Et, il est important de souligner que tout le monde dans ce pays sait bien que ces jeunes feraient sans regret «un soixante-douze heures à Sonko s’il déviait de leur projet».
La Gauche historique (Aj, Ld, Pit), quand elle était liée aux masses, avait eu des heures de gloire, de création par des talents populaires par le biais des associations culturelles et sportives. Cette liaison a permis l’émergence de musiciens, peintres révolutionnaires à l’époque, qui sont devenus célèbres et connus aujourd’hui. Ces icônes, purs produits du peuple, liées à lui, incarnent son UN. Pourquoi demander de ne pas les aimer fort, les chérir et les idolâtrer s’il le faut, tant qu’elles restent dans le processus populaire et révolutionnaire ?
Il est temps de savoir que le peuple est aussi la source véritable des vérités politiques, des créations artistiques et politiques. Que serait Sonko sans la protection prolongée, sans les chants, les hymnes, les slogans des jeunes à Ziguinchor et à Dakar ? «Sonko, Sonko namm nañ laa» résonne en termes de leur liaison à la lutte du peuple et à sa personne. Que serait le pays aujourd’hui sans les luttes populaires autour de Sonko, celui qui a incarné l’UN du projet ?
La liaison avec les masses est une exigence politique. Et il faut l’adosser à l’idée qu’elles pensent.
Cheikh KASSÉ
