A quelques jours du 39ème Sommet annuel de l’Union africaine à Addis-Abeba (14-15 février), voici les cinq évènements qui pèseront sur l’évolution de l’Afrique en 2026.

D’abord, il faut commencer par le cycle électoral africain, toujours aussi intense, avec une dizaine d’élections prévues.

Le 15 janvier, l’Ouganda a ouvert le bal des élections générales, avec la réélection contestée du Président Yoweri Museveni. En avril, viendront ensuite le Bénin où Romuald Wadagni tentera de succéder au Président Patrice Talon qui a renoncé à un troisième mandat, alors que le Président djiboutien Ismail Omar Guelleh en cherchera, lui, un sixième. Son grand voisin éthiopien, qui n’arrive toujours pas à surmonter les conséquences de la guerre, organise des élections générales le 1er juin. La Zambie votera le 13 août pour élire son Président et son Parlement, alors que le Président Hakainde Hichilema recherche un second mandat. En Afrique du Sud, des élections locales sont attendues d’ici novembre. Le Cap-Vert tiendra une Présidentielle en octobre, avec l’objectif de confirmer sa solidité démocratique, alors que le voisin gambien verra son Président, Adama Barrow, rechercher un troisième mandat en décembre.

Le sort de la Rdc, étroitement lié à la constance de Washington

Il n’est nul autre pays africain que la République démocratique du Congo (Rdc) où l’enjeu de paix sera scruté au-delà des frontières du continent. Depuis que son Président Felix Tshisekedi a tendu la main au Président américain, Donald Trump, dans une opération, paix contre minerais stratégiques, les sommets diplomatiques se sont multipliés pour trouver les voies de cette paix avec le Rwanda et ses proxis du M23, qui sèment la terreur dans l’Est de la Rdc tout en menaçant l’intégrité territoriale de cette dernière. A la suite de l’accord de paix signé à Washington en juin 2025, accompagné d’une «Déclaration de principes» conclue en juillet 2025 à Doha, les Etats-Unis et la Rdc ont signé, en décembre 2025, un accord de partenariat stratégique élargi, consolidant la coopération économique, notamment dans les secteurs du cobalt et du cuivre. Si les Africains -l’Union africaine, la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (Eac)- n’ont pas attendu Washington et Doha pour s’investir, il faut croire que le Sommet de l’Union africaine dans quelques jours servira de point de convergence salutaire de toutes ces initiatives, mais ne dira rien de leur soutenabilité, en raison des exactions qui se poursuivent sur le terrain. 2026 sera donc cruciale pour s’assurer que les engagements diplomatiques sont suivis effectivement du retrait du M23 de l’Est du Congo. A moins de laisser des troupes étrangères, voire des milices privées, s’en charger et occuper le sol africain, on attend des organisations régionales africaines qu’elles affirment plus fortement leur volonté d’assurer la sécurité des peuples africains.

Le Soudan, enfin l’heure du réveil pour le monde ?

L’agenda du Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba s’annonce d’autant plus chargé qu’un autre conflit continue de faire rage au Soudan, entre les Forces armées soudanaises (Fas) du Général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (Fsr), sous la direction de Mohamed Hamdan Dagalo, dit «Hemedti». Leurs affrontements ont causé la mort d’au moins 150 000 Soudanais depuis avril 2023. Lors de sa visite à Washington, Mohammed Ben Salmane d’Arabie saoudite avait cherché à attirer l’attention de Donald Trump, qui promettait de prendre des initiatives. L’année 2026 verra-t-elle une initiative américaine au Soudan alors même que certains des alliés de Washington, par le soutien apporté aux belligérants, pèsent sur l’issue du conflit ?

Les Etats du Sahel, de nouveau en cour à Washington ?

A quelques milliers de kilomètres de «la plus grande crise humanitaire au monde», il y a «l’épicentre du terrorisme international». La dangerosité de la zone des «trois frontières», à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger, continue d’épuiser des populations sahéliennes, déjà exsangues après vingt ans de violences terroristes malgré les rodomontades de l’Alliance des Etats du Sahel dont les dirigeants, arrivés à la faveur de coups d’Etat militaires, n’offrent que peu de perspectives démocratiques ou de développement. En 2026, verra-t-on néanmoins certains de leurs projets -comme les visas communs ou une monnaie sahélienne- aboutir, alors que la Guinée est en train de retrouver le chemin de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à la suite de la victoire à l’élection présidentielle du Général-Président Mamadi Doumbouya, à la tête du pays le 17 janvier ? Le retour de Washington dans le jeu sahélien risque de bouleverser la donne régionale. On a ainsi vu Nick Checker, le plus haut placé au sein du Bureau Afrique du Département d’Etat américain, assister à l’investiture de Doumbouya et, dans la foulée, se rendre à Bamako pour concrétiser la volonté de l’Administration Trump de renouer avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

L’effervescence autour du Président guinéen s’explique sans doute par le fait que la Guinée est annoncée comme l’une des économies les plus dynamiques de 2026, aux côtés de l’Ethiopie et du Rwanda, avec des taux de croissance supérieurs à 7%. Il faut dire que le pays possède l’une des plus grandes réserves mondiales de bauxite, et le gisement de fer inexploité le plus riche au monde, Simandou.

Sur le front économique, précisément, des éclaircies sont annoncées

Ainsi que l’observe l’économiste de Georgetown University, Ken Opalo, pour la première fois de l’histoire récente, en 2026, la croissance africaine dépassera celle de l’Asie. Les nations africaines surmonteront enfin les conséquences économiques de la pandémie du Covid. La Banque africaine de développement (Bad) projette un taux de croissance de 4, 3% (contre 4, 2% en 2025), porté par la hausse des dépenses de consommation des ménages, une politique monétaire accommodante et un dollar américain plus faible. L’Afrique du Sud, l’Egypte et le Nigeria resteront les trois premières économies du continent. Certains pays qui luttaient avec leur dette ces dernières années semblent souffler, comme le Ghana, l’Ethiopie et la Zambie.

Il n’empêche que la hausse spectaculaire de la dette publique africaine de 170%, entre 2010 et 2024, illustre l’ampleur des besoins en infrastructures, le coût élevé des réponses apportées aux multiples chocs récents et les restrictions dans le financement international.

Comme le relève la Bad dans ses Perspectives économiques 2026, «cela souligne l’urgence d’approfondir le commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), en donnant la priorité à la valeur ajoutée et à la diversification de la base de production et d’exportation».

2026 : une opportunité historique pour l’Afrique

Plus que jamais, l’Afrique devra travailler encore plus dur en 2026 pour saisir les opportunités du nouveau monde qui émerge. Alors que celui-ci entre dans une période de turbulences, du Venezuela à l’Iran, sans parler du sort incertain de l’Ukraine et du Groenland qui remet en cause la relation transatlantique, c’est, en effet, un espace d’opportunités qui s’ouvre pour le continent dans ce basculement du monde. Opportunités de proposer une offre géopolitique nouvelle, alors que la Rdc et le Liberia entrent au Conseil de sécurité des Nations unies. Opportunités de redéfinir les règles du jeu pour bâtir sur l’héritage du G20 sud-africain. Opportunités de relancer des partenariats à son avantage, enfin.

Directrice Afrique

Atlantic Council